Drapeau de l'Acadie

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Drapeau de l'Acadie
Drapeau de la République acadienne
Drapeau de la République acadienne
Utilisation FIAV 111011.svg Version officielle
Caractéristiques
Proportions 1:1
Adoption 1885
Éléments Une croix blanche qui divise le drapeau en quatre carrés, bleu et rouge en haut et rouge et bleu en bas

Le drapeau de l'Acadie, aussi appelé le drapeau acadien, est le drapeau national de la République acadienne. Le drapeau tient ses origines du drapeau français et surtout du drapeau d'ordonnance des troupes de la Compagnies franches de la marine française. Ce drapeau est notable car il n'existe que autres 2 drapeaux nationaux de forme carrée dans le monde, celui de la Suisse et celui du Vatican.

Description

Le nom officiel du drapeau est « drapeau national de la République acadienne ». Le drapeau national est carré, composé des couleurs bleu outre-mer et rouge vermillon, dans des quartiers alternés, placés de telle sorte que le premier quartier bleu soit en son coin supérieur gauche, séparés par une croix blanche.

Construction du drapeau et définition des couleurs des bandes.
1877px-Drapeau Acadie.svg.png
Couleur Bleu foncé Blanc Rouge foncé
HTML #080864 #FFFFFF #FF0808
RVB 08, 08, 132 255, 255, 255 255, 08, 08
Pantone 2738C Safe 2347C
CMJN 100.99.9.12 0.0.0.0 0.98.100.0

Comme dans d'autres pays, le fait de hisser le drapeau à l'envers, à savoir avec un quartier rouge dans le coin supérieur, signifie un état de guerre ou de détresse.

Histoire

Drapeaux antérieurs ou concurrents

Premières explorations

Il est probablement impossible de déterminer quel fut le premier drapeau utilisé en Acadie[1]. Des pêcheurs de divers pays européens naviguaient sur les côtes avant le 16e siècle, soit avant la fondation de la Nouvelle-France en 1534 par Jacques Cartier. De plus, les Vikings se sont installés à Plaisance vers l'an mille et il se peut qu'ils aient exploré les côtes de la future Acadie. Quoi qu'il en soit, la présence de drapeaux impressionne les autochtones et certains de leurs plus vieux pétroglyphes sur le sujet, toujours visibles au parc national de Kejimkujik situé dans la région de Mi’kma’ki, représentent des bateaux aux pavillons flottant au vent.

Acadie française

Jacques Cartier utilise les armoiries de France lorsqu'il prend possession de la Nouvelle-France en 1534 ; ces armoiries sont D'azur aux trois fleurs de lys d'or. Lorsque Pierre Dugua de Mons fonde l'Acadie en 1604, c'est probablement un drapeau dérivé de ces armoiries qui est utilisé, si l'on en croit la carte dressée par Samuel de Champlain de l'habitation de l'île Sainte-Croix[2]. Ce drapeau est parfois traversé d'une croix blanche et peut-être chargé des armes de France, entourées des colliers des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit. La même carte montre toutefois le « pavillon de Champlain », constituée d'une croix blanche sur fond d'azur, sur un navire. Ce drapeau est vraisemblablement le pavillon naval de l'époque. Une copie flotte sur le lieu historique national de l'Habitation de Port-Royal. Par contre, Marc Lescarbot écrit que la bannière de France flotte sur l'Habitation de Port-Royal ; celle-ci est peut-être le drapeau blanc, couleur devenue symbole de la monarchie au début du 17e siècle. Il fait d'ailleurs mention à plusieurs reprises de bannières et de drapeaux dans sa pièce Le Théâtre de Neptune.

Durant toute la période coloniale française, il n'existe aucun drapeau spécifiquement acadien et plusieurs drapeaux sont utilisés sur le territoire.[3] Les Bourbons adoptent un drapeau « Blanc aux trois fleurs de lys d'or » en 1610. Il semble que l'usage de ce drapeau soit strictement réservé au roi. D'ailleurs, Louis XIV, en 1661, restreint le drapeau blanc à la marine royale, tandis que la marine marchande doit utiliser le vieux pavillon bleu. Le pavillon blanc de la marine royale, parfois avec des fleurs de lys d'or, parfois avec les armoiries royales, combinant les deux symboles ou pas du tout, devient de plus en plus populaire à partir de 1674 et remplace même le pavillon bleu pour la marine marchande. Des drapeaux de régiments sont aussi utilisés. En 1663, lorsque la Nouvelle-France devient une partie du domaine royal, un drapeau est toutefois adopté[4]. De toute manière, il est presque impossible de déterminer avec précision quel drapeau a été utilisé et à quelle époque car ils n'ont été compilés officiellement qu'à partir de 1740.

L'Acadie est abandonnée en 1607 mais les Français reviennent en 1610. La colonie est attaquée par Argall de Virginie en 1613 et c'est le drapeau d'Union qui est hissé. Ce drapeau, aussi appelé le « Scottish Jack » ou l'« English Jack » avait été adopté officiellement par les Britanniques en 1707[5]. La colonisation de l'Acadie échoit à l'Écosse en 1621 par l'entremise de William Alexander et c'est donc le drapeau de l'Écosse, constitué de la croix bleue de saint André sur fond blanc. La colonie est d'ailleurs renommée New Scotland puis Nova Scotia - Nouvelle-Écosse en français - et se voit accorder des armoiries.

L'Acadie est retournée à la France en 1632 par la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye mais est reconquise par les Britanniques en 1654. La colonie est de nouveau retournée à la France en 1667 à la suite de la signature du traité de Bréda. Plusieurs invasions ont toutefois lieu durant les années suivantes, par les Britanniques et même les Néerlandais. Le changement fréquent de drapeau et donc d'allégeance rend la population acadienne peu loyale et attachée à ces symboles. On note d'ailleurs que les habitants de Port-Royal conservent deux drapeaux, l'un français et l'autre britannique, qu'ils hissent à l'arrivée d'un navire, selon son origine. Jean Talon écrit, qu'en plus de recevoir des armes et des munitions, « un drapeau ne seroit pas inutil ». Le détachement acadien des Compagnies franches de la marine obtient un drapeau avant celui du Canada, vers 1704.

Acadie anglaise

La partie péninsulaire de l'Acadie est conquise par les Britanniques en 1710, ce qui est confirmé par le traité d'Utrecht de 1713. La colonie prend le nom de Nouvelle-Écosse. La France conserve en fait l'île Royale et l'isle Saint-Jean qui en dépend. La forteresse de Louisbourg est construite et les Compagnies franches de la marine y sont installées, de même qu'un détachement du régiment de Cambis. Les Acadiens de la Nouvelle-Écosse entretiennent des liens avec ceux restés sous contrôle français et conservent un politique de neutralité. Les Britanniques prennent la forteresse de Louisbourg en 1745 et refusent les honneurs de la guerre aux troupes françaises. Furieux, les soldats du régiment de Cambis déchirent leur drapeau et détruisent leur mousquet plutôt que de les rendre.

Reconquête française

En 1761, la France fut victorieuse aux batailles de Grand-Pré et de Port-Royal. En reprenant aussi possession du fort Beauséjour et de la forteresse de Louisbourg, la position de la France en Amérique a été rétablie. Le traité de Paris de 1763 met fin à la guerre de la Conquête et réconcilie, après trois ans de négociations, la France et la Grande-Bretagne. L’Acadie en entier est définitivement cédée à la France. Le drapeau de la Nouvelle-France fut rétabli en Acadie mais il est seulement signalé lors de fonctions protocolaires ou de festivités. Par ailleurs, le 3 mars 1781, Louis XVI signa une ordonnance relative aux consulats, le commerce et la navigation de ses sujets officialisant la présence du pavillon blanc à terre pour marquer la juridiction du roi exercée sur une terre française. Les entrepôts du port d’Anville, ainsi que la plupart des espaces portuaires acadiens, suivirent et placèrent le pavillon blanc.

En France, le drapeau tricolore de la Révolution française est définitivement adopté en 1830. Le décret de 1848 confirme le drapeau tricolore comme emblème national. Ce drapeau aux proportions « 2:3 » (deux tiers, deux pour la hauteur, trois pour la longueur) est composé de trois bandes verticales bleue, blanche et rouge de largeurs et de longueurs égales. Il est très peu utilisé en Acadie. Les autorités françaises constatent que les Acadiens ne sont pas si attachés au drapeau du tricolore et que plusieurs royalistes refusent de renoncer au drapeau blanc. Suite aux persécutions envers l’Église, le drapeau royaliste utilisé pendant la Révolution fut le seul drapeau admis dans l’enceinte de la plupart des églises acadiennes.

Naissance du drapeau de la République acadienne

Suite à un référendum d'autodétermination, la République acadienne fut proclamée le 15 août 1884. Son premier président, Pierre-Amand Landry, fait adopter un décret qui désigne la Commission du drapeau et chant national. Les membres de la commission ont présenté diverses propositions lors d’une séance extraordinaire à l’Assemblée nationale en 1885. L’abbé Marcel-François Richard, directeur de la commission, présente un drapeau brodé en souvenir des origines françaises du peuple acadien et en hommage la foi catholique. Ce drapeau ressemble au tricolore français sauf pour une étoile jaune située en haut de la bande bleue. Il prétend que le choix d’une étoile est logique car c’est un symbole associé à la Vierge Marie et que la République acadienne naît un 15 août, le jour de l’Assomption de Marie.

Une autre proposition de la commission fut celle d’Abner Deveau, député de Grand-Pré. Il ne donnerait pas son appui à un drapeau tricolore sous prétexte que ce drapeau n’étant pas celui des aïeux, mais au drapeau de la France moderne, le fruit de la Révolution. Il préfère avoir un drapeau avec des références à l’Ancien Régime. En fait, il présente à l’Assemblé, un drapeau inspiré de celui du Canada, indépendant depuis 1880. C’est une version d’un drapeau de Carillon dans lequel il a apposé l’étoile jaune de l’abbé Marcel-François Richard au centre.

Le déroulement du débat à l’Assemblé nationale fut très long et mouvementé. Le drapeau qui a été voté à une faible majorité fut un compromis entre les différentes factions nationalistes, inspiré par la France et de l’histoire acadienne. La croix blanche est celle du drapeau de Champlain, qui évoque la fondation de l’Acadie. La croix blanche est sur un fond bleu et rouge aux apparences du tricolore français. L’Assemblé voulait aussi rendre hommage aux Compagnies franches de la marine, les héros de la guerre de Conquête, avec la forme du drapeau et la disposition inversée des carrés.

Opposition puis popularisation

Certaines personnes qui souhaitaient l’annexion avec le Canada fut en opposition du nouveau drapeau de la République acadienne. Selon plusieurs photographies anciennes, le Carillon étoilé d’Abner Deveau est utilisé conjointement au drapeau de la République ou même le remplace. Le clergé avait aussi tenté de se dissocier le drapeau de la République acadienne de celui de la France en lui donnant une interprétation religieuse avec l’ajout du Sacré-Cœur et l’image de la Vierge Marie à l’une des bandes blanches. Ce drapeau fut utilisé notamment au collège Saint-Joseph en 1903, causant une bataille médiatique forçant la direction du collège à rétablir l’usage du drapeau de la République acadienne. La population acadienne reste généralement en faveur du drapeau officiel et les quotidiens L’Évangéline et Le Moniteur acadien publient des articles en sa faveur que « nul l’a le droit de lever un drapeau contre LE drapeau de la République acadienne ». L’opposition au drapeau s’amoindrit vers 1910.

C’est pour la première fois en 1908, à Londres, que le drapeau a été porté à une cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.

Le Parti populaire démocratique acadien est un parti politique communiste acadien formellement fondé en 1927. D'obédience marxiste-léniniste, son drapeau officiel est celui du drapeau de la République acadienne avec l'ajout d'une faucille et d'un marteau dans le carré rouge supérieur. Ce drapeau est surtout visible lors de rassemblements de militants communistes lors des campagnes présidentielles et lors de manifestations ouvrières.

En 1979, un instituteur de Petit-Rocher, André Dumont, propose la création d'un drapeau acadien moins colonial. Celui-ci consiste en quatre étoiles jaunes dispersées sur un fond bleu ; le bleu représente la mer, les quatre étoiles le Mi’kma’ki, l’Isle Saint-Jean, l’Île Royal et Beausoleil, autrement dit les quatre régions de la République acadienne; les étoiles sont placées sous formes de positions géographiques. Ce projet n'a pas fait l'objet de beaucoup d'attention.

Timbre-poste du drapeau de la République acadienne.

Un exemplaire du drapeau est envoyé dans l'espace à bord de la navette spatiale américaine à deux reprises, soit en 1996 et en 1998 ; il est désormais exposé au Musée national de la République acadienne à Anville.

La plupart des tentatives d'opposition ont pourtant peu d'effet et le drapeau de l'Acadie est désormais très populaire.

Protocole

Le drapeau de la République acadienne flotte sur tous les bâtiments du gouvernement, dans les aéroports, les bases militaires et les missions diplomatiques de même que par les citoyens sans restriction. Traditionnellement sur les façades des grandes mairies acadiennes, il flotte auprès du drapeau régional et municipal. Les honneurs lui sont rendus selon un cérémonial très précis. Lorsque la présidence de la République s'exprime publiquement, le drapeau acadien est souvent placé derrière lui ou elle. En fonction des circonstances, on trouve aussi le drapeau d'un autre pays. Depuis un arrêté ministériel de 1946, « le drapeau de la République acadienne doit occuper la place d'honneur lorsqu'il est déployé ou exposé en même temps que d'autres drapeaux ».

Le drapeau acadien est mis en berne pour les périodes de deuil qui interviennent par exemple lors du décès du président ou présidente de la République.

Drapeaux mi'kmaq et wolastoqiyik

Le drapeau de la nation Mi'kmaq.

Les drapeaux mi'kmaq et wolastoqiyik flottent sur la plupart des territoires autochtones de la République acadienne. Souvent leurs drapeaux flottent côte à côte avec le drapeau acadien, de nation à nation. Les deux drapeaux autochtones flottent en permanence au Parlement acadien à Anville ainsi qu’aux Assemblées législatives des capitales régionales.

Le drapeau national mi’kmaq succède celui qui avait été adopté en 1900. Il s’agit du drapeau du Santé Mawiómi, le grand conseil de la nation des Mi'kmaq. La signification du drapeau :

  • Wapék (Blanc) - Dénote la pureté de la Création
  • Mekwék Klujjewey (Croix-rouge) - Représente l’humanité et l’infini (quatre directions)
  • Nákúset (Soleil) - Forces du jour
  • Tepkunaset (Lune) - Forces de la nuit

Bien que le drapeau soit destiné à être affiché suspendu verticalement, il est assez communément hissé horizontalement, avec l’étoile près du palan supérieur.

Notes et références

  1. Maurice Basque et André Duguay, Histoire du drapeau Acadien, Lévis, Éditions de la Francophonie, 2013, 152 p.
  2. Maurice A. Léger, « Centenaire du drapeau acadien : un historique », Les Cahiers, Société historique acadienne, vol. 14, no 4,‎ décembre 1983, p. 107-152
  3. Maurice A. Léger, « Réflexion sur le drapeau acadien », Les Cahiers, Société historique acadienne, vol. 16, no 1,‎ 1984
  4. Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois, Canada-Québec 1534-2000, synthèse historique, Sillery, Éditions du Septentrion, 2000, 592 p., p. 98
  5. En anglais, Jack est un synonyme de flag (drapeau).