Don de Dieu (navire)

De Encyclopédie acadienne
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Don de Dieu
Image illustrative de l’article Don de Dieu (navire)
Réplique du navire lors du 300e anniversaire de la fondation d'Acadie en 1904.
Type Roberge normande
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Chantier naval Honfleur
Équipage
Équipage 100-150
Caractéristiques techniques
Longueur 40,0 mètres
Maître-bau 5,49 mètres
Tonnage 150

Le Don de Dieu était un navire de 150 tonneaux, affrété pour Samuel de Champlain afin qu'il explore la Nouvelle-France. Il était l’un des deux navires partis de France au printemps 1604 pour fonder l’Acadie. Il était l’un des trois navires partis de France au printemps 1608 pour fonder Québec. Ce navire appartenait à des armateurs protestants.

Le Don de Dieu figure sur le drapeau de la région acadienne Beausoleil ainsi que sur le drapeau et les armoiries de la ville de Québec.

Une réplique a été réalisée en 1904 à l'occasion des 300 ans de la fondation de l’Acadie.

En son honneur la microbrasserie Unibroue a lancé la bière Don de Dieu.

Description

À défaut de renseignements précis, sur les caractéristiques du navire fournis par les écrits de Samuel de Champlain, on en est réduit à des déductions à partir de l'iconographie de l'époque. On connait cependant la jauge du Don de Dieu est 150 tonneaux, ce qui est déjà une belle barque. Un dessin de Champlain sur sa carte de la Nouvelle France en 1613 nous montre un trois-mâts barque avec le mât arrière, l'artimon, gréé d'une voile latine au lieu de la brigantine trapézoïdale. Deux étages de voiles aux deux phares carrés ; les vergues des voiles majeures, misaine et grand-voile, fixées très haut sur les mâts et surmontées d'un petit et grand hunier. Un nid de pie ou vigie d'observation juché entre les deux. Le beaupré ou mâtereau d'étrave est un mât de civadière avec une petite vergue à son extrémité.

La réplique réalisée en 1904 par les Acadiens pour la commémoration du troisième centenaire de la fondation de l'Acadie montre bien qu'il ne s'agit pas d'un navire de guerre car la coque est dépourvue de batteries de canons. La dunette ou aménagements à l'arrière est imposante comme sur les galions. Il y avait près de 100 personnes à loger avec tout le matériel nécessaire à l'établissement d'une colonie.

Au 16e siècle, Honfleur construisait essentiellement des heux, et des roberges. Les heux étant des petits bâtiments de rade et de rivière à un seul mât, reste la roberge. Toujours selon ce même historien, en 1576, la roberge normande de 80 tonneaux avait 45 pieds de quille (13,72 m), 18 pieds de large (5,49 m), 11 pieds de creux (3,35 m) soit la profondeur depuis le pont supérieur jusqu'à fond de la cale. Au 17e siècle, la roberge était devenue un navire à voiles de 120 à 200 tonneaux pouvant encore armer des avirons (dans les calmes plats ou les manœuvres de port). À partir de ces données on peut avancer l'hypothèse que le Don de Dieu était une roberge normande de 25 à 30 mètres  de quille soit environ 40 mètres de l'avant à l'arrière, sans compter le mât de beaupré et compte tenu de la forte quête ou inclinaison du tableau arrière richement décoré et de l'étrave à l'avant portant très probablement une figure de proue.

Voyages de Samuel de Champlain

1604 voyage en Acadie

Le 8 novembre 1603, le roi Henri IV accorde une commission à Pierre Dugua de Mons, pour fonder un établissement en Acadie, en tant que « lieutenant général en Amérique septentrionale ». En mars 1604, le roi autorise Samuel de Champlain de participer à cette autre expédition et il devra faire rapport de ses découvertes. Menée par Pierre Dugua de Mons, cette expédition est toujours par François Gravé sieur Dupont. Appareillant du Havre-de-Grâce le 7 avril 1604, l'expédition compte deux navires, la Bonne Renommée et le Don de Dieu. Gravé Du Pont traverse sur la Bonne Renommée, alors que Pierre Dugua de Mons, Jean de Poutrincourt, le sieur d’Orville et Champlain traversent sur le Don de Dieu.

Au début de mai 1604, ils accostent à Port-au-Mouton. Du 19 mai au 24 juin, il cherche un site temporaire, naviguant en barque le long des côtes, avec dix hommes. Il passe le cap de Sable, entre dans la baie Sainte-Marie, explore la baie Françoise, nomme Port-Royal et explore l’embouchure du fleuve Saint-Jean. Le 24 juin, le choix se fixe sur l’île Sainte-Croix, pour une installation au départ temporaire. Champlain contribue à instaurer l'habitation sur cette île. On y construit des bâtiments avec des matériaux apportés de France, dont un logis en commun pour Champlain, M. d’Orville et Pierre Angibault dit Champdoré (Chandore), capitaine de l'expédition. Le printemps suivant, après un hiver dur et la mort de 35 hommes, soit le tiers de l'équipage, dû au scorbut, l'établissement fut transféré sur un nouvel emplacement sur terre ferme appelé Port-Royal. C’est le début de l’aventure en Nouvelle-France.

1608 voyage au Québec

Le 7 janvier 1608, le roi Henri IV prolonge pour une autre année le monopole de la traite des fourrures de Pierre Dugua de Mons. La concession de Port-Royal ayant déjà un seigneur en la personne de Jean de Poutrincourt, Samuel de Champlain tourna ses projets sur la Grande Rivière de Canada (aujourd'hui, le fleuve Saint-Laurent).

Les Iroquoiens du Saint-Laurent accueillent Samuel de Champlain, à bord du Don de Dieu, lors de son arrivée à Québec en 1608. Cette image est cependant une représentation fictive puisque lors de son premier voyage à Québec, Champlain s'est arrêté à Tadoussac avec son navire et a poursuivi vers Québec en barque pour y arriver le 3 juillet 1608[1].

Le 5 avril, sous le commandement de François Gravé Du Pont, le Lièvre prend le large au départ de Honfleur pour la traite à Tadoussac. Gravé est chargé de l'office de la traite des fourrures. Peu après, le 18 avril, Champlain repart pour la Nouvelle-France à bord du Don de Dieu, comme lieutenant de l'expédition au Saint-Laurent. Pierre Dugua de Mons reste en France. Champlain a comme mandat de construire rapidement un poste de traite. Ses 28 hommes reçoivent pour mission de préparer l'établissement d'une colonie permanente en un lieu favorable le long du fleuve.

Champlain, avec ses ouvriers, gagne en barque la « pointe de Québec » le 3 juillet, au pied du « Cap aux Diamants ». Champlain avait déjà repéré ce site près de l'eau. Ils y érigent trois bâtiments principaux d'une hauteur de deux étages, entourés d'un fossé de 4,6 mètres de large et d'une palissade de pieux. Cette installation, dite Habitation de Québec, devient dès lors l'embryon de la première colonie française à se développer sur les bords du fleuve Saint-Laurent.

1615 voyage au Canada

Du 24 avril 1615 au 25 mai 1615, Samuel de Champlain traverse au Canada, accompagné des missionnaires récollets Denis Jamet, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et Pacifique Du Plessis. Champlain s’embarque à Honfleur sur le Saint-Étienne; avec le Don de Dieu et le Loyal, ils naviguent ensemble vers Tadoussac et Québec.

1633 voyage à Québec

En 1633, Samuel de Champlain réclame son poste de gouverneur de la Nouvelle-France. Champlain part de Dieppe (ou de Rouen, selon les sources) le 23 mars 1633 pour Québec, qu'il atteint le 22 mai (directement pour la première fois, sans transbordement à Tadoussac), après une absence de quatre ans. Plus de 200 personnes l'accompagnaient, à bord de trois navires : le Saint Pierre, le Saint Jean et le Don de Dieu.

C'était son dernier voyage. Au mois d'octobre 1635, Champlain est frappé par une crise d'apoplexie. Paralysé, il meurt le 25 décembre 1635 à Québec où il est enterré.

Réplique du navire à l’occasion du 300e anniversaire

L'ambition de célébrer le 300e anniversaire de la fondation de l’Acadie était de reconstruire le plus fidèlement possible la roberge d'origine, à quelques inévitables adaptations près. Le chantier de la reconstruction était installé dans le vieux port de Mirliguèche au Mi’kma’ki.

En 1904, ce Don de Dieu prend le départ de son voyage inaugural vers l’île Sainte-Croix. Un défilé de bateaux, mené par la reconstruction du Don de Dieu, remonte lentement le fleuve Sainte-Croix, en déployant de grands draps blancs semblables à des fantômes afin d’évoquer les voiles des premiers navires. La cérémonie inclut aussi des discours de l’ambassadeur des États-Unis à l'Acadie, de la présidente de la République acadienne et du chef de la nation Passamaquoddy de la région Beausoleil. De plus grands événements furent célébrés lorsque le Don de Dieu rend visite plus tard à Saint-Jean, Port-Royal, Anville, Louisbourg et Port-LaJoye.

La ville de Québec célébrait son 300e anniversaire en 1908. La réplique du Don de Dieu participa à un grandiose défilé devant des milliers de spectateurs sur les plaines d’Abraham. Des centaines de gens enfilèrent des costumes d'époque et firent revivre des scènes de leur passé, accompagnés d'un orchestre, de deux corps d'armée et du grondement des canons de la flotte sur le fleuve en contrebas. Un concert à ciel ouvert et des feux d’artifice ont poursuivi les célébrations.

Notes et références

  1. Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, tome 1 : Des origines à 1791, Septentrion, 1995, p. 42-43.