Charles Deschamps de Boishébert

De Encyclopédie acadienne
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Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot
Illustration.
Marquis de Boishébert - Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot (1753)
Fonctions
Gouverneur de l'Acadie
Monarque Louis XV
Prédécesseur Daniel d'Auger de Subercase
Successeur Otho Robichaud
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Québec (Nouvelle-France)
Date de décès (à 69 ans)
Lieu de décès Anville (Acadie)
Nationalité Drapeau du royaume de France Royaume de France
Père Henri-Louis Deschamps de Boishébert
Mère Louise-Geneviève de Ramezay
Conjoint Charlotte-Élisabeth-Antoinette Deschamps de Boishébert et de Raffetot
Enfants Roch Charles Gabriel Deschamps de Boishebert
Profession Officier, homme politique
Résidence Hôtel du Gouverneur

Signature de Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot

Charles Deschamps de Boishébert et de Raffetot, gouverneur de l’Acadie, né à Québec le 7 février 1727, mort à Anville en Acadie le 9 janvier 1797. Il a été un officier de marine français et très actif en Nouvelle-France, en particulier durant la guerre de la Conquête.

Biographie

Origines et famille

Il est le fils d’Henri-Louis Deschamps de Boishébert et de Louise-Geneviève de Ramezay. Il épousa sa cousine, Charlotte-Élisabeth-Antoinette Deschamps de Boishébert et de Raffetot le 7 septembre 1761 à Cliponville, France. Ils eurent un fils, Roch Charles Gabriel Deschamps de Boishebert.

Boishébert entra tôt dans la marine car son nom apparaît sur une liste de cadets le 1er octobre 1739, avec la mention : « jeune homme qui promet beaucoup, fort sage ».

Guerre de la Conquête

En 1742, il entra dans la garnison de Québec comme sous-aide-major. Il participa, au cours des années 1744 et 1745, à plusieurs expéditions aux frontières de la colonie de New York.

En 1751, le gouverneur de la Nouvelle-France, Jacques-Pierre de Taffanel de la Jonquière, honora Boishébert en le chargeant de porter en France les dépêches officielles à la cour. De retour au Canada l’année suivante, il eut bientôt à intervenir une fois de plus dans l’Ouest. Pour contrecarrer la menace d’une expansion britannique dans la vallée de l’Ohio, le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, Michel-Ange Duquesne de Menneville, avait décidé de relier le lac Érié à l’Ohio par une série de forts. Boishébert, que le gouverneur décrivait comme « un officier d’un grand zèle et fort méritant », commanda un détachement d’avant-garde qui partit de Montréal en février 1753, chargé des préparatifs en vue de l’arrivée du gros des troupes. Il mit pied à terre à Presqu’île (Erie, Pennsylvanie) au début de mai 1753 et, apparemment, passa l’été dans la région, sous les ordres de Paul Marin de la Malgue, commandant de l’expédition. Le 28 août, il fut mis en charge du fort de la rivière au Bœuf (Waterford, Pennsylvanie), mais ne conserva que peu de temps cette affectation.

Le fort Beauséjour et la cathédrale sous l'occupation anglaise, John Hamilton (1755).

À la fin de l’automne, Boishébert était de retour à Québec ; en 1754, il partit pour l’Acadie, avec le titre de commandant du fort La Tour, à l’embouchure du fleuve Saint-Jean, où il s’employa à contrecarrer les efforts persistants des Britanniques pour s’établir dans cette région. Il fit également une étude des havres situés entre l’Acadie et Boston. La prise du fort Beauséjour, le 16 juin 1755, par les forces britanniques aux ordres du lieutenant-général Robert Monckton, marqua un tournant dans la carrière de Boishébert. Immédiatement après la chute du fort, le commandant britannique envoya un détachement important contre la poignée de miliciens du fort La Tour. N’ayant aucun espoir de s’en sortir, Boishébert fit brûler le fort avant l’arrivée de l’ennemi et se retira parmi les colons du district, tout en continuant de combattre. Par la suite, en Acadie, il s’employa à assurer à la France la fidélité des Acadiens, à ramener en territoire français le plus grand nombre possible de ceux qui se trouvaient dans les régions occupées par les Britanniques, et à mener contre l’ennemi une petite guerre constante, avec l’aide des Autochtones.

Peu après la prise du fort Beauséjour, Boishébert eut vent de l’intention des Britanniques d’attaquer les villages de Chipoudie, de Petitcoudiac et de Memramcook ; il partit immédiatement pour Chipoudie, mais arriva trop tard pour empêcher la destruction du village. Toutefois, le 3 septembre 1755, il affronta un détachement britannique à Petitcoudiac. À la bataille de Petitcoudiac, après trois heures d’une lutte acharnée, au cours de laquelle ils subirent des pertes nombreuses, les Britanniques prirent la fuite. Boishébert, qui avait perdu un seul homme, revint au fleuve Saint-Jean avec 30 des familles les plus miséreuses.[1]

Afin de prévenir toute idée de vengeance de la part des Britanniques à l’endroit des Acadiens, Boishébert envoya dans la région de Petitcoudiac son lieutenant, François Boucher de Niverville Grandpré. Cet officier devait aussi empêcher tout transport de vivres ou de munitions entre la région du fort Beauséjour et la Baie-Verte. Entre-temps, Boishébert se rendit lui-même à Memramcook afin de repousser les Britanniques, s’ils tentaient d’y débarquer. Il passa une partie de l’hiver de 1755–1756 à Cocagne. Le 24 janvier, il fut surpris dans une embuscade britannique, près de cet endroit, mais réussit à s’en sortir sans pertes. Le 17 mars 1756, il était promu capitaine.

La reconstruction du fort La Tour par Thomas Davies.

La vigilance constante de Boishébert sur ces établissements français montre bien qu’il voulait s’opposer à tout prix à de nouvelles déportations systématiques des Acadiens par les Britanniques. Déjà, on avait déporté les habitants de la région de Tintamarre, d’où Boishébert avait vainement tenté d’évacuer les familles les plus misérables. Son action dans ce domaine était limitée par la rareté des vivres qui, de 1756 à 1758, coïncida avec une période de misère pour la majorité des Acadiens. La position de Boishébert était de plus compliquée par l’avance constante de l’ennemi. D’après les indications de certains prisonniers amenés à Québec, un détachement permanent de 1 000 hommes se trouvait au fort Cumberland (ancien fort Beauséjour), un de 150 dans la région de Baie-Verte, et un autre de 150 au fort Lawrence. Dans des conditions fort difficiles, Boishébert se maintenait néanmoins sur le fleuve Saint-Jean. Il entreprit même, le 12 octobre 1756, une expédition contre le fort Monckton (ancien fort Gaspereau), mais l’ennemi fit brûler et évacuer le fort avant son arrivée.

Île Boishébert vue de la rivière Misamichy.

En janvier 1757, il arriva sur la rivière Misamichy et y établit son quartier général et un lieu de refuge pour les Acadiens sur une île maintenant connue sous le nom de l’île Boishébert. Avec l’aide du père Charles Germain, il tenta d’entretenir la résistance des Acadiens face aux Britanniques. Le camp de réfugiés dit le Camp d’Espérance est l’une des plus grandes tragédies de l’histoire acadienne. Le nombre de réfugiés acadiens rassemblés est estimé à environ 1 400. Des provisions envoyées en renfort de Québec n’ont pas rejoint Camp d’Espérance à cause des vents contraires. Par le temps que Québec et Louisbourg puissent envoyer du renfort au printemps 1757, il était trop tard pour environ 400 âmes, dont beaucoup d’enfants, tous morts de famine ou de maladies liées aux carences alimentaires.[2]

Le 13 août 1758, il partit de Misamichy avec 400 soldats à destination du fort St George (Thomaston, Maine). Arrivé le 9 septembre, son détachement fut pris dans une embuscade et dut se retirer. Quelques semaines plus tard, il entama la reconstruction du fort La Tour, à l’embouchure du fleuve Saint-Jean,

En juin 1761, Boishébert avait résisté aux attaques des Britanniques au fort La Tour lorsqu'il a reçu l'ordre de se porter à l'aide de l’invasion pour reprendre le fort Beauséjour. Ensemble, les troupes de Jean-Baptiste Nicolas Roch de Ramezay, de Boishébert et plusieurs centaines combattants mi’kmaq et wolastoqiyik furent victorieuses.

Suite à la victoire française au fort Beauséjour, Ramezay envoya Boishébert à l’isle Saint-Jean pour s’assurer de la taille des forces anglaises. Après le retour de Boishebert, Ramezay envoie Joseph-Michel Legardeur de Croisille et de Montesson ainsi que plus de 500 hommes, dont 200 Mi’kmaq, à la bataille de Port-LaJoye.

Gouverneur de l'Acadie

Le premier hôtel du Gouverneur, construit en 1762 sur le site de l'Assemblée nationale.

Après les victoires françaises en Acadie, en 1761, Boishébert part en France, où il épouse à Cliponville, Seine-Maritime sa cousine Charlotte-Élisabeth-Antoinette Deschamps de Boishébert et de Raffetot.

Le roi Louis XV fut épaté de la conquête en Acadie. En 1763, il nomma le marquis Charles Deschamps de Boishébert comme gouverneur de la colonie lors d’une cérémonie officielle à Versailles. Il est le premier gouverneur de cette nouvelle Acadie unifiée. Il part aussitôt de la France avec 2 500 colons et fonde Anville, la nouvelle capitale de l’Acadie, située dans la baie de Chibouctou. À son arrivée, il supervisa la construction de l’hôtel du Gouverneur, sa résidence officielle. Il occupa le poste de gouverneur jusqu’à son décès à l’âge de 69 ans.

Postérité

Les actions de Boishébert ont mené à sa vénération dans toute la région acadienne. Il a joué un rôle important dans la formation de la renaissance acadienne. Boishébert peut être considéré comme l’un des commandants français les plus qualifiés pendant la guerre de la Conquête et comme un administrateur compétent.

De très nombreux sites et monuments ont été nommés en l’honneur de Boishébert à travers la République acadienne, le Canada et la France pour honorer sa mémoire et ses réalisations.

Notes et références

  1. ARSENAULT, Bona, Histoire des Acadiens, Bibliothèque nationale du Québec. 1978. Lemaéac p. 180
  2. Denis Savard, « Racines acadiennes – Le Camp d’Espérance », L'Acadie Nouvelle,‎ 5 sept. 2016.