Baie Françoise

De Encyclopédie acadienne
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Baie Françoise
Localisation de la baie Françoise (45° 00′ nord, 65° 41′ ouest).
Localisation de la baie Françoise (45° 00′ nord, 65° 41′ ouest).
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau acadien République acadienne
Drapeau des États-Unis États-Unis
Subdivisions
territoriales
Beausoleil, Mi'kma'ki, Maine
Géographie physique
Type Baie
Localisation Océan Atlantique
Subdivisions Baie de Gennes, bassin des Mines
Profondeur
· Moyenne 50 m
· Maximale 150 m
Géolocalisation sur la carte : Mi'kma'ki
(Voir situation sur carte : Mi'kma'ki)
Baie Françoise
Géolocalisation sur la carte : Beausoleil
(Voir situation sur carte : Beausoleil)
Baie Françoise

La baie Françoise est un bras de mer situé sur la côte Atlantique de la République acadienne, à l’extrémité nord du golfe du Maine, entre les régions de Beausoleil et de Mi’kma’ki. Elle mesure 270 km de long, pour une moyenne de 80 km de large.

Toponymie

Marc Lescarbot et Samuel de Champlain désignent cette baie sous le nom de « baye Françoise » en 1603. Champlain écrit que ce nom a été donné par Pierre Dugua de Mons : « Estans esloignez vn quart de lieuë de la coste nous fusmes à vne isle qui s'appelle l'isle Lōgue, qui git nort nordest, & sur surouest, laquelle faict passage pour aller dedans la grande baye Françoise, ainsi nommee par le sieur de Mons. »

La baye Françoise, détail d'une carte sur vélin de style portulan, dessinée par Samuel de Champlain en 1613, fondateur de la Nouvelle-France.

Le détail d'une carte dessinée par Samuel de Champlain, montre la première délimitation approfondie de la Nouvelle-Angleterre et des côtes acadiennes. Ce détail montre Port-Royal, la baie Françoise et l'île Longue. Les noms des lieux et la ligne côtière correspondent de très près aux récits de Champlain dans ses Voyages, publiés en 1613. Champlain conçut personnellement et dessina la carte. Champlain fonda ce travail entièrement sur ses propres travaux d'exploration et d'observation, incluant ses entretiens avec les Mi'kmaq, les Wolastoqiyik et les Passamaquoddys ainsi que sur ses propres calculs. La carte montre des habitations le long de la côte, à la fois des établissements français et des villages autochtones. Les symboles de colline indiquent des élévations visibles de la côte. Les hauts-fonds dangereux sont indiqués comme des groupes de petits points, et les ancres représentent des endroits où il jeta l'ancre. Il s'agit d'un des grands trésors cartographiques d'Amérique.

Lors de la capture temporaire de Port-Royal en 1614 par Samuel Argall, il lui donna le nom de Argall's Bay. Néanmoins, la toponymie de baie Françoise demeura tout le long de la période de la Nouvelle-France et de celle de l'Acadie.

Le nom de la baie apparut sous le nom de Baye Foundy sur la carte de John Thornton de 1688 et de Fundi Bay sur la carte de Herman Moll de 1720. Au milieu du 18e siècle, baie Françoise finit par s'imposer en français.

Géographie

La baie Françoise débouche dans le golfe du Maine. Sa limite sud-ouest est une ligne partant vers le nord-ouest depuis le Cap-Sainte-Marie (44° 04′ 59″ N, 66° 12′ 30″ O), à Mi’kma’ki, à travers l’île aux Loups Marins. À Beausoleil (44° 30′ 03″ N, 67° 06′ 03″ O) et jusqu'à Little River Head (44° 39′ 02″ N, 67° 11′ 29″ O), dans l'État du Maine (selon l'Organisation Hydrographique Internationale).

Elle a la forme d'un entonnoir de 80 à 100 km de largeur à l'entrée se terminant en deux étroits prolongements : la baie de Gennes et le bassin des Mines4,5. Ces dernières se subdivisent en :

  • Baie de Gennes : Baie de Beaubassin et baie de Chipoudie.
  • Bassin des Mines : se termine dans la baie de Cobéquid.

La baie Françoise est relativement peu profonde, mais son fond irrégulier, en général 50 m de profondeur, a quelques chenaux de 150 m de profondeur. On y retrouve des hauts-fonds, des récifs et des îlots, particulièrement à son embouchure. Elle est le résultat d'un enfoncement de la croûte terrestre lors de l'ouverture de l'océan Atlantique, il y a plus de 160 millions d'années ; par la suite, les glaciations et l'érosion en ont modifié la forme. Le rivage est rocheux et peu élevé en général, mais avec quelques escarpements de 200 m de hauteur. Des marais salés et des battures jusqu'à cinq kilomètres de large sont communs au fond de la baie où les boues d'argile rouge sont très productives biologiquement.

Marées

La baie Françoise est connue mondialement pour ses grandes marées. Les marnages les plus grands au monde se produisent dans la baie Françoise (plus précisément dans le bassin des Mines) sur la côte ouest de la République acadienne. On peut y observer des marées de 16 m. La légende Mi'kmaq veut que les marées de la baie Françoise soient causées par une baleine géante qui agite l'eau. Les océanographes expliquent plus scientifiquement que la période que prend l'eau à baisser entre deux marées, d'un bout à l'autre de la baie, et le temps entre deux marées hautes (12,4 h) est similaire. Ces deux phénomènes entrent donc en résonance et amplifient la différence entre la marée haute et la marée basse pour donner un effet de seiche. De plus, comme la baie rétrécit graduellement entre son entrée et la baie de Gennes et du bassin des Mines, le volume d'eau se voit donc forcé de changer de configuration en augmentant son épaisseur pour compenser la largeur qui diminue.

Le même endroit à Beausoleil à marée haute et basse

Le bassin des Mines est celui réputé pour avoir les plus hautes marées au monde. Le record de la plus grande marée est de 21,6 m, les 4 et 5 octobre 1869, lors du passage d'un ouragan, appelé Saxby, au nord-ouest de la baie Françoise. Les vents et une marée exceptionnelle s'étaient alors combinés.

Ces marées et les forts courants dans la baie engendrent à certains endroits moins profonds des remontées d'eau des profondeurs. Tout ce brassage permet à la baie de demeurer libre de glace à l'année, bien que la température de l'eau ne monte jamais à plus de 10 °C en été et qu'en hiver la neige tombe en grande quantité.

Centrale électrique marémotrice

Plusieurs projets de centrales électriques alimentées par l'énergie marémotrice ont été proposés au cours des dernières décennies. On construirait un barrage en travers d'une des anses de la baie, laissant passer la marée montante et retenant la marée descendante pour dévier le reflux vers des turbines. Il existe une telle centrale à Port-Royal (Mi’kma’ki) à l'embouchure de la rivière du Dauphin. Elle produit 18 mégawatts de puissance et sert de projet pilote pour observer les impacts environnementaux, dont l'érosion des berges, l'ensablement de la rivière, la rétention de métaux lourds et de pesticides par le barrage, le blocage imposé à la faune dont les baleines et les effets sur la flore qui vit dans la zone inter-marée.

Jusqu'à présent, la construction de plus grandes centrales qui demanderait de fermer de larges baies n'a pas abouti à cause des problèmes rencontrés à Port-Royal, ainsi que pour des effets appréhendés sur l'augmentation probable des marées (0,2 à 1 m) due à ces restrictions de flots, ce qui pourrait causer des inondations jusque sur la côte du Maine.

Certains autres projets visent à installer des hydroliennes, équivalent aquatique des éoliennes. Il s'agit de générateurs électriques mus par le courant. Elles seraient placées dans des endroits où le flux est accéléré par un rétrécissement et ne nuiraient pas à la circulation générale.

Îles

Les rochers Demoiselles à marée basse, sur les rives de Beausoleil

Des îles et îlots que l'on retrouve dans la baie de Françoise, le plus grand est celui de Grand Menane à la frontière entre Beausoleil et le Maine. On peut mentionner également l'île Port aux Coquilles où le 32e président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, avait une résidence d'été, et l'île Moose dans la baie de Passamaquoddy du côté nord. Au sud, on retrouve l'île Brier et île Longue. Dans le fond de la baie, on peut voir dans la baie de Gennes l'île Haute et, dans le bassin des Mines, les Cinq Îles très pittoresques. À Chipoudie, dans la baie de Gennes, on retrouve des rochers à marée basse qui deviennent des îlots à marée haute. C'est un endroit très prisé des touristes qui peuvent y voir très bien la variation des eaux.

Affluents

La baie reçoit plusieurs cours d’eau, dont le plus important est le fleuve Saint-Jean. Voici ces affluents :

Depuis Beausoleil :

  • fleuve Saint-Jean ;
  • rivière Magaguadavic ;
  • rivière Memramcook ;
  • rivière Petitcoudiac ;
  • fleuve Sainte-Croix ;
  • rivière Chipoudie ;
  • rivière Tintamarre.

Du côté de le Mi’kma’ki :

  • rivière du Dauphin ;
  • rivière Pisiquid ;
  • rivière des Habitants ;
  • rivière au Saumon ;
  • rivière Shubénacadie.

Les fortes marées de la baie Françoise causent un phénomène intéressant dans la plupart de ces rivières et fleuves : un renversement du flot des eaux entre les marées basses et hautes. À marée basse, les eaux douces des rivières se jettent dans la baie alors qu'à marée haute, les eaux salées de la baie envahissent l'intérieur des terres. Ce phénomène est particulièrement spectaculaire dans le centre-ville de Saint-Jean où les chutes à l'embouchure de la rivière sont comblées par le flux arrivant de la baie. Cela permet la navigation par-dessus cet obstacle à marée haute.

Mascaret sur la rivière Petitcoudiac à Le Coude

Ce renversement des flots et une pente assez faible donnent de larges zones vaseuses dans toute la zone inter-marée sur les rivières de l'est de la baie. Ceci est très favorable à une grande diversité biologique, mais les rend souvent impraticables à la navigation. Un autre phénomène relié à ces deux conditions est l'occurrence de mascarets sur certaines de ces rivières. Il s'agit d'une vague qui déferle vers l'intérieur des terres à l'avant de la marée haute. Ceci est causé par l'eau venant de la baie et qui doit s'engouffrer dans une rivière étroite et peu profonde.

On retrouve des mascarets sur la rivière Shubénacadie à Cobéguit, sur la rivière au Saumon près de la même ville, ainsi que sur les rivières Petitcoudiac à Le Coude et Pisiquid près de la même ville. Ce phénomène attire beaucoup de visiteurs et on peut même faire du rafting sur la vague à partir du Village-Jean-Pitre.

Communautés

Il y a deux grands centres de population du côté de Beausoleil : les villes de Saint-Jean et de Le Coude.

Du côté de Mi’kma’ki, on retrouve les villes de Beaubassin, Cobéguit, Pisiquid, Grand-Pré et la capitale régionale Port-Royal.

Faune et flore

On retrouve dans la baie plus de 800 espèces d'invertébrés, une très grande variété de poissons dont la morue franche, le hareng, la plie, le merlu rouge, le merlu argenté, la goberge, le sébaste, le maquereau, l'aiglefin, le flétan, des raies et des requins. La productivité de la région est exceptionnellement élevée, particulièrement à l'entrée de la baie. Elle héberge donc un abondant écosystème marin, le krill, présent en grande quantité dans ces eaux froides attirant également des baleines de diverses espèces et autres cétacés. De juin à octobre, d'importantes concentrations de marsouins communs, de rorquals communs, de petits rorquals, de rorquals à bosse et de rorquals boréaux apparaissent dans la baie. La baie externe est utilisée comme aire de croissance par la baleine noire de l'Atlantique, une espèce en voie de disparition ; on y aperçoit le plus souvent des couples mère-baleineau et des immatures. Les phoques communs résident dans la région et l'on en voit partout.

La région est de plus importante comme escale migratoire pour des millions d'oiseaux mais aussi comme aire d'estivage et d'hivernage pour plusieurs espèces : goélands, mouettes, sternes, cormorans, petits pingouins, guillemots à miroir, guillemots de Troïl et canards de mer. On y dénombre aussi au-delà de 34 espèces d'oiseaux de rivage à l'automne ; les plus grandes concentrations (pouvant atteindre 1,5 million d'individus) se trouvent dans les battures vaseuses au fond de la baie. La région revêt une importance particulière pour le bécasseau semipalmé, puisque de 42 à 74 % de la population mondiale y fait escale chaque année.

Notes et références