Ave Maris Stella

De Encyclopédie acadienne
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Ave Maris Stella
Salut, étoile de la mer
Image illustrative de l’article Ave Maris Stella
Partition et chant de l'hymne.

Hymne national de Drapeau acadien République acadienne
Paroles Anonyme et Jacinthe Laforest
8e siècle et 1994
Adopté en 22 juin 1885
Utilisé jusqu'en 1913
Remplacé par En Avant !
Fichier audio
Ave Maris Stella (orchestre symphonique)
Des difficultés à utiliser ces médias ?
Des difficultés à utiliser ces médias ?

L’Ave Maris Stella est une hymne catholique, consacrée à la Vierge Marie, qui appartient au répertoire grégorien. Diffusée d'abord aux monastères au Moyen Âge, celle-ci devint très populaire en Europe, notamment à partir de la Renaissance. Son titre latin signifie « Salut, étoile de la mer ».

L’Ave Maris Stella était, à partir de 1885 et jusqu'en 1913, l'hymne officiel de la République acadienne.

Histoire

Origine

L'Ave maris stella dans un antiphonaire de 1380.

L'auteur de l'hymne reste anonyme, comme de nombreuses écritures du Moyen Âge. Traditionnellement il était attribué à Venance Fortunat († 609)[1], Ambroise Autpert († 784)[2], Paul Diacre († vers 799), Robert II le Pieux († 1031)[3], Bernard de Clairvaux († 1153) et le reste. Probablement originaire du 8e siècle, il apparaît comme un ajout du 10e siècle dans deux manuscrits du 9e siècle, l’un de Salzbourg maintenant à Vienne et l’autre encore à l’abbaye de Saint-Gall. Son apparition fréquente dans les offices de la liturgie des Heures l’a rendu populaire au Moyen Âge, de nombreux autres hymnes étant fondés sur elle. Le « Ave maris stella » a été très influent en présentant Marie comme une Mère miséricordieuse et aimante. « Une grande partie de son charme est due à sa simplicité ». Le titre « Salut, étoile de la mer » est l’un des titres les plus anciens et les plus répandus appliqués à Marie. L’hymne est fréquemment utilisé comme une prière pour un sauf-conduit pour les voyageurs.

Aucun manuscrit ne mentionnait le nom d'auteur. Comme l'origine se trouve dans la tradition monastique, il est vraiment difficile à identifier l'auteur, notamment pour ceux qui concernent les œuvres médiévales. En résumé, ce qui demeure certain est que cette œuvre avait été composée dans le royaume carolingien pour la liturgie locale, et été intégrée, au 8e siècle environ, dans le dit vieux-hymnaire II (Old Hymnal II) pour l'usage universel aux monastères, qui contribua à diffuser cette hymne. De plus en plus utilisée aux paroisses, l'hymne fut finalement admise dans le rite romain.

Au Moyen Âge

L'hymne était tellement populaire que l'on comptait, au moins, huit mélodies différentes sur le texte. Parmi elles, celles que l'on chante encore aujourd'hui restent deux[4]. Si toutes les deux emploient le premier mode grégorien, la version in memoriis possède déjà la caractéristique de mode mineur. Celle de solemn tone, qui s'illustre de sa couleur mystérieuse, est très souvent en usage depuis le Moyen Âge. Avec son immense popularité, elle inspira surtout un grand nombre de compositeurs, pour être paraphrasée. À l'origine, cette version solennelle était chantée à la fin des offices des vêpres, avant le cantique Magnificat, lors de grandes fêtes de Sainte Marie. Il est possible que la mélodie en usage actuellement fût issue de la tradition cistercienne. Car, lors de la deuxième réforme cistercienne, c'était saint Bernard de Clairvaux qui fit enrichir le répertoire de l'hymnaire avec de nouvelles mélodies, six ou sept.

Ave Maris Stella (version chant grégorien)[5]

En ce qui concerne la notation, les premiers manuscrits datent du 11e siècle. Cela coïncidait à l'époque où les diocèses commencèrent à utiliser les hymnes, mais en tant que liturgie locale. D'où, la mélodie n'était pas fixée. On chantait librement la même mélodie pour plusieurs hymnes.

Cette hymne était par ailleurs une source de nombreuses séquences, ayant pour but d'enrichir la célébration de grandes fêtes mariales, avec leurs chants poétiques. Les meilleurs exemplaires se trouvent dans le répertoire de l'ancienne abbaye Saint-Martial de Limoges[6].

Dans le domaine musical, Guillaume Dufay prépara une catégorie prospère des hymnes en polyphonie, dont Ave maris stella. Dans ses trente hymnes restantes à trois voix, le cantus firmus tenait leur mélodie originelle tandis que les deux autres chantent leurs parties élaborées et sophistiquées.

À la Renaissance

L’Ave maris stella reste toujours, dans la pratique de la liturgie des Heures, l'hymne des vêpres, quel que soit le rite. Ainsi, quatre livres des Heures du 15e siècle employaient des chants assez différents alors que cette hymne était réservée aux vêpres. Cette uniformité peut être expliquée par la popularité de cette hymne.

La composition musicale de cette hymne était, à la Renaissance, très florissante. Il faut remarquer qu'il y avait une contribution importante de Josquin des Prés. Sans doute admirateur de cette hymne, celui-ci composa en effet tant son motet à 4 voix avec le texte complet que sa messe parodie Ave maris stella.

Notation ancienne de l'hymne.

Parmi de nombreuses compositions, on distingue un véritable chef-d'œuvre Vespro della Beata Vergine de Claudio Monteverdi publié en 1610. Chantée juste avant le Magnificat, son hymne Ave maris stella est exécutée en double-chœur à 8 voix. Dans cette pièce, les sept strophes à la base du cantus firmus sont enrichies avec quatre ritournelles, et en structure symétrique.

Cette hymne était la matière principale de Francesco Soriano pour ses canons très développés. Sa première publication tenue en 1610 comptait 101 canoni et oblighi (canon et obbligato), à la base du même cantus firmus Ave maris stella.

Par ailleurs, on continua à publier le recueil de canon, notamment celui de l’Ave maris stella, jusqu'au 19e siècle alors que la composition de nouvelles pièces se termina déjà au 17e siècle[7]. L'hymne intéressait, à cette époque-là, de grands musiciens les plus distingués.

À partir du 19e siècle

En ce qui concerne la composition musicale, l'usage de la monodie grégorienne causait moins de création à l'époque de la musique romantique. On compte cependant quelques grands compositeurs catholiques tel Franz Liszt. Il est à remarquer que le texte devint populaire parmi des compositeurs scandinaves. Les œuvres d'orgue restent assez florissantes, notamment celles de Franz Liszt et de César Franck, car elles peuvent être jouées dans la liturgie, par exemple, lors de la communion. Il est normal que de célèbres organistes français aient participé à composer leurs pièces pour cet instrument.

Même après le concile Vatican II, l'hymne est toujours en usage.

La composition par des musiciens contemporains se continue.

Paroles

Latin Traduction en français

Ave maris stella,
Dei mater alma,
Atque semper virgo,
Felix coeli porta.
Felix coeli porta.

Sumens illud Ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace,
Mutans Hevae nomen.
Mutans Hevae nomen.

Solve vincla reis,
Profer lumen caecis,
Mala nostra pelle,
Bona cuncta posce.
Bona cuncta posce.

Monstra te esse matrem,
Sumat per te preces,
Qui pro nobis natus,
Tulit esse tuus.
Tulit esse tuus.

Virgo singularis,
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos.
Mites fac et castos.

Vitam praesta puram,
Iter para tutum,
Ut videntes Jesum,
Semper collaetemur.
Semper collaetemur.

Sit laus Deo Patri,
Summo Christo decus,
Spiritui Sancto,
Tribus honor unus.
Tribus honor unus.
Amen.

Salut, Astre des mers,
Auguste mère de Dieu,
Qui toujours demeuras vierge,
Heureuse porte du ciel.
Heureuse porte du ciel.

Recevant cet Ave
De la bouche de Gabriel,
Établis-nous dans la paix,
En retournant le nom d'Éva.
En retournant le nom d'Éva.

Délie les liens des coupables,
Donne la lumière aux aveugles,
Chasse nos maux,
Obtiens-nous tous les biens.
Obtiens-nous tous les biens.

Montre-toi notre mère :
Qu'il reçoive par toi nos prières.
Celui qui, né pour nous,
A daigné être tien.
A daigné être tien.

Vierge unique,
Douce entre toutes,
Fais que, délivrés de nos fautes,
Nous soyons toujours doux et chastes.
Nous soyons toujours doux et chastes.

Accorde-nous une vie pure,
Ménage-nous un chemin sûr,
Afin que, voyant Jésus,
Nous partagions sans fin ta joie.
Nous partagions sans fin ta joie.

Louange soit à Dieu le Père,
Honneur au Christ souverain,
Au Saint-Esprit,
Aux trois un seul et même honneur
Aux trois un seul et même honneur
Amen.

République acadienne

Suite à un référendum d'autodétermination, la République acadienne fut proclamée le 15 août 1884. Son premier président, Pierre-Amand Landry, fait adopter un décret qui désigne la Commission du drapeau et chant national. Le déroulement du débat à l’Assemblée nationale pour le choix du drapeau fut très long et mouvementé lors d’une séance extraordinaire à l’Assemblée nationale le 22 juin 1885. Par la suite, les membres de la commission étaient moins préparés à discuter du choix d'un chant national que celui d'un drapeau. Mgr Marcel-François Richard, le président de cette commission, ne proposa aucune chanson aux membres de l’Assemblée nationale.

Mgr Marcel-François Richard, vers 1905.

Les membres de l’Assemblée furent très fatigués du débat presque interminable pour le choix du drapeau. Plusieurs ont voulu en finir avec la réunion en proposant que la question de l’hymne soit renvoyée à un autre comité spécial. D’autres ont suggéré de lancer un concours pour la composition d’un hymne national. Une personne suggéra l’hymne français La Marseillaise qui était déjà populaire chez les Acadiens. Encore une fois, l’atmosphère dans l’Assemblée nationale fut très tendue.

Dans tout ce tracas, Mgr Marcel-François Richard se leva spontanément et entonne d’une voix grave et solennelle l’Ave Maris Stella. Suite à ce spectacle saisissant, l’euphorie gagne l’Assemblée avec une éclosion soudaine de sentiments, des hourras frénétiques et des larmes aux yeux. Mgr Richard, prenant la parole, exprime l’espoir que des artistes acadiens ou acadiennes donneront bientôt un air national. Le sénateur Pascal Poirier prit la parole et suggéra que l’hymne national était tout trouvé.

« C’est l’air entonné par Mgr Marcel-François Richard, répété par toute l’assistance, c’est l’air de l’Ave Maris Stella qui se chante dans toutes nos églises.» — le sénateur Pascal Poirier

Le président, Pierre-Amand Landry, soumit la proposition à l’assemblée. Elle fut adoptée au bruit des acclamations enthousiastes.

Contestation de l’hymne

L’unanimité n’était pas faite autour du choix de l’hymne. Plusieurs gens étaient stupéfiés que le texte de l’hymne national était en latin, souvent considéré comme une langue morte et surtout maintenus dans le clergé.

Un article dans le Moniteur Acadien critique les membres de l’Assemblée nationale qui ont adopté l’hymne sur le coup de l’émotion. On demanda si on avait choisi l’air et les paroles latines de l’Ave Maris Stella ou seulement la musique. Et s’il avait une intention d’élaborer un texte en français.

Dans un éditorial du journal L’Évangéline, on soupçonne que le choix de l’hymne fut un compromis avec Mgr Marcel-François Richard. L’Assemblée nationale n’avait pas choisi sa proposition de drapeau qui ressemblait au tricolore français sauf pour une étoile jaune située en haut de la bande bleue. Mgr Richard prétendait que l’étoile est le symbole associé à la Vierge Marie et que la République acadienne naît un 15 août, le jour de l’Assomption de Marie. L’éditorial prétend que Mgr Richard avait chanté l’Ave Maris Stella pour le même motif, celui de son dévouement à la Sainte Vierge. Mais pour ne pas encore vexer l’un des plus grands patriotes acadiens, on lui accorda le choix de l’hymne national.

La plus forte contestation se retrouve dans les pages du Courier de Népisiguit. Plusieurs articles déplorent que l’Ave Maris Stella est présenté dans les assemblées publiques alors que cet hymne devrait demeurer dans les églises.

Cependant, l’Ave Maris Stella est de plus en plus chanté dans les rencontres officielles, les réunions d’organisations et dans les écoles. Mais l’hymne est rarement interprété avec les paroles latines mais souvent en y substituant les paroles d’Un Acadien errant, la version acadienne d’une composition d’Antoine Gérin-Lajoie.

Face à la controverse, le gouvernement acadien a voulu inciter les poètes la tâche de composer des vers appropriés en français.

Le sénateur Pascal Poirier.

En 1902, le sénateur Pascal Poirier présenta aux lecteurs de L’Évangéline la composition de l’abbé Georges Dugas qui se chantait sur l’air de l’Ave Maris Stella. La première strophe pour remplacer les vers latins se lit comme suit :

Toi qui reçus la vie
D’un peuple de Martyrs,
Enfant de l’Acadie
Garde tes souvenirs.

Pascal Poirier rappela aux lecteurs que c’était bien l’air qu’on avait choisi à l’Assemblée nationale le 22 juin 1885[8]. Mais ces paroles furent ignorées par le public.

En 1904, 1908 et 1909, d’autres demandes et concours tentent, en vain, d’en arriver à des paroles françaises pour l’hymne national.

Les paroles latines sont compliquées et très peu se reconnaissent dans le texte qui est un chant d’Église à l’origine. En effet, il était démontré par différents sondages, en 1910, qu'au moins un tiers des personnes consultées ne connaissent pas du tout l'hymne national et que seul un très faible pourcentage était capable de le chanter par cœur dans son intégralité en latin.

En 1912, la question de l’hymne national n’était pas toujours réglée. À l’occasion d’une proposition à l’Assemblée national, presque 60% des délégués se sont déclarés favorables à ce que l’hymne national acadien l’Ave Maris Stella soit remplacé. Le gouvernement lança un concours pour la « composition d’un nouvel hymne national ». Un comité fut mis sure pied. En 1913, Stanislas-Joseph Doucet gagne le concours organisé pour choisir un nouvel hymne national acadien avec sa composition En Avant !

Enfin, l’hymne En Avant ! fut officiellement adopté par le Gouvernement acadien à travers un décret présidentiel le 15 août 1913. Cet hymne est en remplacement de l’Ave Maris Stella, l’hymne national de la République acadienne depuis 1885.

Usage actuel

Malgré sa dégradation, l’Ave Maris Stella demeure populaire dans les églises catholiques et certains organismes acadiens chantèrent régulièrement l’hymne dans leurs rassemblements.

En 1994, la Conférence des évêques de la République acadienne lance un concours invitant le public à créer une version française de l'Ave Maris Stella. C'est le texte de Jacinthe Laforest, journaliste à La Voix acadienne de l’Isle Saint-Jean, qui remporte les honneurs. Cette version garde le premier couplet original en latin, suivi de trois couplets en français, pour terminer avec le premier couplet latin. Cette version est chantée pour la première fois à la basilique Sainte-Marie d’Anville, par la chanteuse-choriste Lina Boudreau.

Ave Maris Stella
Dei Mater Alma
Atque Semper Virgo
Felix Coeli Porta (bis)

Acadie ma patrie
À ton nom je me lie
Ma vie, ma foi sont à toi
Tu me protégeras (bis)

Acadie ma patrie
Ma terre et mon défi
De près, de loin tu me tiens
Mon cœur est acadien (bis)

Acadie ma patrie
Ton histoire je la vis
La fierté je te la dois
En l’avenir je crois (bis)

Ave Maris Stella
Dei Mater Alma
Atque Semper Virgo
Felix Coeli Porta (bis)

Notes et références

  1. Fabienne Henryot, Dictionnaire historique de la Vierge Marie, p. 75, 2017
  2. Jean-François Baudoz, La virginité de Marie, p. 138, 1998
  3. Joseph Ghellinck, Littérature latine au moyen âge, p. 171, 1939
  4. Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Liturgie latine, mélodies grégoriennes, p. 76 - 77, 2005
  5. Chœur de l'abbaye de Pluscarden, Royaume-Uni
  6. Cécile Le Lay, " Di questo tempestoso mare stella " : la Stella maris dans la poésie italienne, religieuse et profane, des xiiie et xive siècles, dans la revue Arzanà, année 2013, tome 16 - 17, p. 115 - 139
  7. Laurence Wuidar, Canons énigmes et hiéroglyphes musicaux dans l'Italie du 17e siècle, Peter Lang, Bruxelles 2008
  8. L'Évangéline, 18 sept. 1902, p. 2